ABORDER UN SUJET SENSIBLE EN CU

Covid ou pas covid, les scouts c’est, et ça reste avant tout, la vie en groupe ! 

Et la vie en groupe, même si la plupart du temps c’est plutôt jovial et sympa (surtout chez les scouts), à d’autres moments… par exemple en période de crise pandémique… c’est aussi devoir traiter des sujets plus sensibles et, dans la foulée, prendre des décisions importantes pour l’unité. Facile à dire, beaucoup moins à faire !

Cet outil te présentera quelques conseils pour aborder et discuter sereinement d’un sujet sensible en CU ; ainsi qu’une méthode de prise de décision permettant de respecter au maximum les sensibilités de chacun.

OBJECTIFS DE L’ACTIVITÉ

  • Permettre à un groupe de vie de discuter d’un sujet sensible.
  • Favoriser l’échange d’émotions, d’opinions et de convictions.
  • Faciliter la prise de décisions et la capacité du groupe à s’accorder sur des pratiques communes.
Durée de l’activité

Environ 1h30.

Matériel

APPORT THÉORIQUE

Mais au fait, c’est quoi un « sujet sensible » ?

Un sujet sera considéré comme sensible s’il touche directement les valeurs des individus ou que sa charge émotionnelle est telle qu’il génère des sentiments de crainte, de malaise, de désaccord, de mépris voire d’indignation. En d’autres termes, s’il te concerne directement ou s’il suscite chez toi des émotions intenses et peu agréables.

Pourquoi faut-il en parler ?

La plupart du temps - qu’on le veuille ou non - les sujets sensibles font l’objet de vifs débats au sein de la société ou des groupes de vie qui la composent (scout, école, famille, travail, etc.).

Chacun y allant de son opinion ou de ses convictions ; sans oublier les émotions qui diffèrent elles aussi d’un individu à l’autre ; il n’est pas toujours simple pour les membres d’un groupe de s’accorder sur une vision ou une position commune à laquelle chacun adhère. La meilleure façon d’y parvenir malgré tout est d’organiser une discussion sereine et constructive durant laquelle chacun pourra exprimer son avis et partager ses ressentis dans un climat de confiance et de bienveillance.

Attention à bien distinguer sujets sensibles et faits établis.

Tout au long des discussions, sois vigilant à ces deux concepts et explique à ton groupe la différence fondamentale qu’il y a entre les deux :

  • Un sujet sensible, on peut en discuter. Le groupe a la possibilité d’en débattre, de donner son avis, de se positionner et de choisir ses propres réponses et stratégies pour y faire face. 
  • Un fait établi est impérieux et immuable. On ne peut en discuter et le remettre en question. Il est généralement défini et régi par un règlement : article de loi, protocole de secteur, vade-mecum…

Exemple corona : 

  • Le port du masque est obligatoire pour les plus de 12 ans en intérieur : fait établi > nul besoin d’en débattre en CU. C’est acté tel quel dans les protocoles jeunesses et dans le vade-mecum.
  • Maintien de la réunion d’une journée au vu des contraintes sanitaires au niveau des repas : sujet sensible > peut être débattu en CU.

Exemple non corona :

  • Vente de bière aux 16-18 ans lors des bars Pi de l’unité : sujet sensible > peut être débattu en CU.
  • Interdiction de vendre de l’alcool à des mineurs d’âges : fait établi > c’est la loi. Nul besoin d’en débattre en CU.

Gardien de la vérité

Il peut être utile de désigner un membre du C.U. - neutre ou choisi par le groupe -  comme gardien de la vérité. Son rôle sera d’assister l’animateur du C.U. en allant vérifier une information (dans le vade-mecum par exemple), chaque fois que le besoin s’en fait ressentir. Dans le cadre de sujets sensibles, il est conseiller que le gardien de la vérité soit issu de l’équipe d’unité.

Expose le sujet sensible à traiter au reste du groupe.
Contente-toi ici de le formuler le plus factuellement possible. N’exprime pas ton opinion personnelle, au risque d’influencer la lecture des autres membres du groupe.

Dis pourquoi le sujet est abordé aujourd’hui.
Il est ensuite important de dire pourquoi ce sujet doit être traité, pourquoi des décisions doivent être prises en bout de ligne et pourquoi il est important que tout le monde adhère à la décision.

La sensibilité du sujet abordé peut être ressentie différemment par les participants. Certains peuvent le juger comme ultra-sensible, là où d’autres l’estimeront anodin. C’est pourquoi, après l’avoir présenté, organise un tour de parole afin que chacun puisse partager les émotions que le sujet suscite chez lui et informer ainsi les autre de son état d’esprit.

Pour ce faire, invite chaque participant à formuler les phrases suivantes :

À la lecture du sujet, je me sens…*

Je trouve le sujet (un peu/fort/peu/pas du tout) sensible (car…)

*Propose une liste d’émotions afin d’aider les membres du C.U. à choisir celle(s) qui correspond(ent) le mieux à leur état d’esprit. 

Quelques outils pour exprimer ses émotions

  • La Fédération des Centres pluralistes de planning familial a édité un jeu de soixante cartes représentant un large spectre d’émotions et de ressentis possibles (fcppf.be).
  • Il existe une Roue des émotions pour aider chacun à associer ressenti physique ; émotion et besoin à satisfaire.
  • Utilise un photo-langage de ton cru ou non (des dizaines d’exemples existent sur internet) qui permettra de figurer tout le panel des émotions et des ressentis.
Se centrer sur soi 

Pour pouvoir parler d’un sujet avec d’autres personnes, il faut tout d’abord identifier avec précision ce que l’on en pense soi-même (= opinion) et ce dont on est persuadé (= conviction).

Propose un temps individuel ou chacun identifiera (en deux colonnes, dans deux cercles, sur des post-its, …) ses opinions et ses convictions vis-à-vis du sujet abordé.

Ces points seront ensuite à considérer lors de la décision finale : idéalement, chacun doit se sentir respecté et à l’aise dans le choix qui sera fait. 

Avant de partager aux autres

Après avoir fait ce travail individuel, ceux qui le souhaitent, sont amenés chacun à leur tour à livrer aux autres le contenu de leur introspection. Le groupe prend ainsi connaissance des opinions et convictions de chacun. 

N’oblige personne à s’exprimer. Néanmoins explique à ceux qui souhaiteraient ne pas le faire qu’il sera dès-lors compliqué pour le groupe de tenir compte de leurs avis ensuite. 

La proposition construite lors de la phase suivante sera influencée par ce partage, dès-lors, veille à ce que la parole de chacun soit respectée et que le temps de parole soit équitablement réparti. 

Point de vigilance

Attention, au cours des échanges, il n’est pas impossible que des opinions ou des convictions personnelles soient détournées, sciemment ou non, en faits établis. Le fameux « Si si, j’lai lu dans un article pas plus tard que ce matin… ! »

L’animateur du CU et le gardien de la vérité, en reformulant et en vérifiant si besoin, rétablissent tous propos détournés, imprécis ou malencontreusement transformés. 

Lors des phases précédentes, on a pu constater que chaque membre du groupe a sa propre émotivité/opinion/conviction par rapport au sujet. Chacun a aussi eu l’occasion de les exprimer et de les partager.

À partir de là, il est maintenant possible avec ces émotions/opinions/convictions – pourtant différentes – de tout de même atteindre une décision commune. Et ce grâce à l’intelligence collective et plus précisément grâce au procédé de décision par consentement.

Contexte

On le sait : une décision aura plus de chance d’être efficace si elle dispose d’une large adhésion. Une prise de décision autoritaire d’une minorité pour une question importante qui concerne la majorité est contre le principe même de la vie en groupe et des valeurs scoutes. À l’inverse, quand la décision est prise à la majorité, de façon plus démocratique, elle pourrait « forcer la main » à la minorité. Il serait aussi illusoire d’attendre, avant de prendre une décision, que tout le monde soit d’accord. C’est là que la prise de décision par consentement arrive et prend tout son sens.

Objectif

La décision par consentement garantit l’équivalence de chaque membre du groupe dans le processus de décision. Le principe du consentement, c’est de ne prendre une décision qu’à condition qu’il y ait « zéro objection argumentée ».

Principe sous-jacent

Ce processus de décision ne recherche pas le consensus (ce sur quoi tout le monde est d’accord) mais le consentement (ce sur quoi personne n’a d’objection majeure). Il n’est pas indispensable d’être totalement d’accord avec la proposition pour donner son consentement. Il suffit que les objections argumentées soient levées. Le consentement n’est pas non plus un droit de veto, mais un droit d’objecter et d’argumenter son objection. Ainsi, chacun a un pouvoir d’influence équivalent sur la décision à prendre.

C’est en fait une façon très concrète d’utiliser les opinions et convictions différentes pour atteindre un résultat commun. 

Mise en œuvre

En voici les étapes :

  • Définition du point sur lequel il s’agit de prendre une décision, qu’il s’agit de formuler clairement (réalisé lors de l’étape 2).
  • Écoute des différents points de vue relatifs à cette question (réalisé lors de l’étape 4).
  • Présentation d’une ou plusieurs ébauches de propositions (par des proposeurs volontaires, par les participants répartis en petits groupes de travail, par un groupe de réflexion préalablement constitué ayant planché sur le sujet, ...) qui tend à prendre en compte un maximum d’éléments avancés et est une base de travail à approfondir pour arriver à un consentement.
  • Clarification : l’animateur du C.U. demande si certains souhaitent des clarifications (= expliciter quelque chose restant incompris ou reformuler pour une meilleur compréhension).
  • Expression libre des ressentis tout qui veut exprimer son ressenti par rapport à la proposition est invité à le dire. Si un ressenti a déjà été exprimer il n’est pas nécessaire de le formuler plusieurs fois.
  • Amendement ou retrait de la proposition - par les proposeurs uniquement ; l’objectif est de réduire les réticences et de faire en sorte que la proposition amendée puisse recueillir le moins d’objections possibles.
  • Émission des objections argumentées : chacun vérifie en conscience s’il peut vivre avec la proposition. Une objection ne doit pas être une façon détournée d’exprimer une préférence ou une autre proposition. L’argument sera valide s’il démontre que la proposition est impossible à mettre en œuvre dans les conditions actuelles. Cela permet donc d’enrichir la proposition à la phase suivante.
  • Bonifications de la proposition : une objection DOIT être traitée. Elle n’appartient pas à l’objecteur mais au groupe qui, en discussion libre, cherche à apporter une solution, c’est-à-dire les conditions qui rendraient la proposition vivable.
  • Validation de la proposition et décision : quand toutes les objections ont été levées, il est possible de prendre la décision. Ne pas oublier de bien clarifier « qui fait quoi pour quand et avec quel support » afin de garantir la mise en œuvre.

Point de vigilance

Il n’est pas toujours aisé de se défaire de nos habitudes égotiques (= tout ramener à soi-même) ! C’est pourquoi un facilitateur - neutre ou choisi par le groupe - qui garantit le respect par tous des étapes du processus, tant sur la forme que sur le fond, est parfois nécessaire.

Retour sur soi 

Les moments de réflexion individuelle ont permis à chacun d’identifier ses émotions, opinions et convictions. Lorsque la décision commune est prise au sein du groupe, il faut s’assurer que chaque participant s’y retrouve et se sente à l’aise. Propose à chacun de s’exprimer à ce sujet.

Tu peux par exemple utiliser un code couleur pour exprimer cela : 

  • S’y retrouve un peu (orange).
  • S’y retrouve beaucoup (vert).
  • Ne s’y retrouve pas du tout (rouge).

Une autre alternative, permettant plus de nuance, serait de proposer à chacun de préparer sa main sous la table pour ensuite montrer... 

  • Le poing fermé = absolument pas d’accord.
  • Un seul doigt tendu = pas d’accord.
  • Deux doigts tendus = plutôt pas d’accord.
  • Trois doigts tendus = plutôt d’accord.
  • Quatre doigts tendus = d’accord.
  • Cinq doigts tendus = absolument d’accord.
Discussion et adaptation

Une appréciation globale de la décision finale sera extraite de cette étape. Et, si cela s’avère nécessaire, certaines étapes peuvent être revécues. La décision finale peut ainsi refaire l’objet d’une discussion afin de la réguler. Évite cependant de reprendre tout depuis zéro. Ne traite qu’un point où l’autre si vraiment un grand nombre de membres du groupe ne peuvent vivre avec la décision finale.